Quand j’ étais enfant, la vie était simple et belle, et nous, les enfants, la vivions pleinement. Il n’ y avait les ennemis que ” les cowboys” quand on était ” l’ Indien”, ou ” les Indiens” quand on était ” le cowboy”. Dans les années 80, être enfant, c ‘ était un privilège que les gamins modernes n’ auront jamais. Nous roulions en voiture sans ceinture de sécurité à l’ arrière, nous buvions l’ eau de la fontaine, nous partions à vélo sans casque. vat-365Arrête- toi devant le service serrurierQuand nous voulions voir un copain, nous criions sous sa fenêtre jusqu’ à ce que nous ne restions pas sans voix, ou nous entrions sans frappe à sa porte, qui naturellement n’ était jamais fermée à clé. Nous rodions dans sa chambre et, derrière la porte fermée, nous parlions des heures les histoires, seulement les nôtres, nous inventions les codes secrets, et dans notre imagionation, nous allions partout. Nous n’ avions rien sous la main, mais une fois encore, nous avions tout. Dans notre imagination nous partions à Paris, New York, Genève. Il était suffisant de voir ces villes splendides dans une carte postale pour que nous inventions une aventure la plus incroyable. Sans internet, sans facebook. Nous avions les amis réels, honnêtes, et bien qu’ ils ne comptaient que les doigts d’ une main, ils étaient là pour nous à tout moment. Et quand tous les enfants s’ assemblaient en jouant, personne ne pouvait nous parer. Nous courions partout, et en courant nous passions à côté du cordonnier, de la patisserie, du service serrurier, en jouant joyeusement au cache- cache ou ” entre deux feux”. Lorsqu’ on jouait au cache- cache, on essayait de se cacher le mieux possible de l’ ami qui cherchait les autres et alors on s’engouffrait dans le service serrurier en admirant les mécanismes étranges, en regardant lentement les clés et les serrures, rangées en une suite parfaite. Souvent, on se cachait aussi dans la patisserie, en regardant radieusement les gâteaux dans la vitrine, en absorbant l’ odeur du petit pain frais, jusqu’ à ce que l’ eau ne venait pas à la bouche. Le propriétaire du service serrurier ne le reprochait jamais, ni patisseur, ni cordonnier le faisaient. Tous ces moments, toutes sensations, toutes odeurs se sont gravés dans l’ esprit, comme les mémoires ineffaçable de l’ enfance qui n’ existe plus, des jours quand on rentrait chez soi en sentant le bonheur béat…
J’ aimerais avoir la machine à voyager dans le temps, pour y mettre tous les enfants de mon quartier, qui vont à l’ école plongés sur leurs portables, avec les oreillettes dans les oreilles. Tous les enfants qui passent devant la cordonnerie, la patisserie, le service serrurier, complétement inconscients pour le monde autour d’ eux, sans intérêt de s’ arrêter, d’ absorber l’ odeur du petit pain, des gâteaux, ou d’ observer les serrures à mécanisme intéressant. Je leur montrerais chaque petit coin du quartier, chaque impasse, chaque pommier ou marronnier dont les fruits nous récoltions et fourrions dans nos poches. Et à ce moment peut- être, et seulement peut- être, ces gamins de mon quartier comprendraient ce que veut dire de s’ oublier en jouant, où au lieu des portables, ils auraient la pierraille, les feuilles et l’ élastique et tous les délices que la nature peut leur donner. Ils comprendraient que la photo de soi- même dans le miroire ne pourrait devenir une mémoire, et qu’ une mémoire peut devenir seulement la photo de vingt amis souriants sottement vers l’ objectif de l’ appareil- photo, spontanément, de tout coeur, déjà fatigués de cavaler.
Et c’ est pourquoi, si tu es l’ enfant, arrête- toi, mémorise chaque moment de ta vie, dis bonjour au voisin du service serrurier, de la boulangerie, de l’ épicerie. Prends la pomme du pommier, récolte des marrons de la terre et mets- les dans tes poches. Fais tes propres mémoires en vivant à ce moment, pas au monde virtuel, et demain, tes enfants te montreront la gratitude pour ça. Et c’est la fortune qui est hors de prix…